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Le calvaire des livreurs à vélo dans la fournaise bordelaise
information fournie par AFP 08/07/2026 à 14:49

Deux livreurs à vélo se reposent pendant une vague de chaleur estivale près des restaurants en attendant des commandes, à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Deux livreurs à vélo se reposent pendant une vague de chaleur estivale près des restaurants en attendant des commandes, à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

À l'ombre d'un arbre sur une place de Bordeaux, des livreurs de repas en attente de commande n'ont "pas d'autre choix" que de poursuivre leurs courses à vélo répétitives, malgré les 40°C qui épuisent leur organisme.

"On souffre mais on n'a pas le choix", se résigne Aboubacar, 26 ans, patientant devant un McDonald's. "Si tu ne fais pas de livraisons, tu n'auras rien, tu ne seras pas payé."

Le signal sonore d'Uber Eats retentit soudain : l'application lui propose de livrer un +tasty crousty+ à 9 kilomètres, pour 7 euros et 38 centimes. Il hésite une seconde et refuse. La demi-heure pour rentrer dans le centre de Bordeaux n'est pas rémunérée: "C'est trop loin sous cette chaleur pour ce prix-là".

Lorsqu'il n'est pas sur la route ou en train d'attendre, il se repose devant un ventilateur à la Maison des livreurs, espace associatif qui propose un accompagnement sanitaire et social, ainsi qu'un atelier d'entretien pour les vélos.

Entre 8.000 et 10.000 livreurs de repas sont inscrits dans l'agglomération de Bordeaux, et autour de 130.000 en France, d'après cette association partenaire de Médecins du Monde. Selon une enquête nationale de l'ONG, 98% de ces travailleurs sont nés à l'étranger et 64% dépourvus de titre de séjour.

Malaises, maux de tête

Un livreur boit pendant une vague de chaleur estivale à la Maison des livreurs, un espace de repos pour les coursiers de plateformes, à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Un livreur boit pendant une vague de chaleur estivale à la Maison des livreurs, un espace de repos pour les coursiers de plateformes, à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

"Avec la canicule, l'état d'épuisement est considérable", pointe le coordinateur du lieu, Jonathan L'Utile Chevallier, alors qu'un travailleur somnole dans un fauteuil du local.

"Des livreurs vomissent, d'autres sont au bord du malaise, avec des maux de tête qui ne passent pas", ajoute le responsable. Selon lui, 75% des livreurs qu'accompagne l'association n'ont pas de logement stable et peinent à dormir la nuit avec la chaleur.

"Ils continuent à bout de forces, sachant qu'il n'y a pas d'accident de travail ou d'arrêt maladie puisqu'ils sont auto-entrepreneurs", souligne-t-il en dénonçant l'"inaction" des plateformes alors qu'"elles gagnent beaucoup d'argent".

Dans la salle de repos, plusieurs travailleurs dévoilent leurs revenus de la semaine. Zakaria, 39 ans, a réuni 249 euros pour 47 heures de connexion à l'application. "J'ai travaillé moins que d'habitude parce qu'il fait chaud, sinon je suis autour de 53 heures."

Face à cette troisième canicule depuis mai, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, avait demandé vendredi aux plateformes de prendre des "mesures" pour protéger leurs livreurs.

Charte et bulletins

Un livreur à vélo attendant des commandes se repose pendant une vague de chaleur estivale devant un restaurant de restauration rapide à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Un livreur à vélo attendant des commandes se repose pendant une vague de chaleur estivale devant un restaurant de restauration rapide à Bordeaux, le 7 juillet 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Les deux plateformes ont annoncé mercredi à l'AFP qu'elles suspendraient les livraisons entre 14h00 et 18h00 dans les départements placés en vigilance rouge par Météo-France, comme ce fut le cas à la fin juin.

Aucun ne l'est actuellement, le niveau d'alerte se limitant à l'orange pour une soixantaine d'entre eux, où les températures restent étouffantes.

Deliveroo rappelle que les livreurs sont "totalement libres" de se connecter ou non sur l'application, et affirme "réduire les périmètres de livraison afin d'éviter les trop longues distances" sous la chaleur.

Les deux plateformes font aussi valoir une charte mise en place avec des restaurants, sans en préciser le nombre, pour que les livreurs aient accès à des sanitaires ou un espace ombragé. Mais à Bordeaux, la plupart de ceux interrogés s'accordent à dire que seule une minorité d'établissements l'applique.

Uber Eats et Deliveroo, enfin, envoient régulièrement des bulletins météo pour communiquer sur les dangers des fortes chaleurs. "On le sent bien qu'il fait chaud !", ironise un livreur.

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